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Dora Bruder

by Patrick Modiano · 1997

Patrick Modiano opens Dora Bruder by telling how in 1988 he stumbled across an ad in the personal columns of the New Year's Eve 1941 edition of Paris Soir. Placed by the parents of a 15-year-old Jewish girl, Dora Bruder, who… more

16 quotes ★ 3.56 (9,230) Fiction

Quotes from the Book

In writing this book, I send out signals, like a lighthouse beacon in whose power to illuminate the darkness, alas, I have no faith. But I live in hope.
19
Ever since, the Paris wherein I have tried to retrace her steps has remained as silent and deserted as it was on that day. I walk through empty streets. For me, they are always empty, even at dusk, during the rush hour, when the crowds are hurrying towards the mouths of the métro. I think of her in spite of myself, sensing an echo of her presence in this neighborhood or that.
14
Perhaps it was one of those mild, sunny winter days when you have a feeling of holiday and eternity-the illusory feeling that the course of time is suspended, and that you need only slip through this breach to escape the trap that is closing around you.
13
Il faut longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé. Des traces subsistent dans des registres et l'on ignore où ils sont cachés et quels gardiens veillent sur eux et si ces gardiens consentiront à vous les montrer. Ou peut-être ont-ils oublié tout simplement que ces registres existaient
10
That is her secret. A poor and precious secret that not even the executioners, the decrees, the occupying authorities, the Depot, the barracks, the camps, History, time-everything that defiles and destroys you-have been able to take away from her.
5
But I am a patient man. I can wait for hours in the rain.
5
Je pense à Dora Bruder. Je me dis que sa fugue n'était pas aussi simple que la mienne une vingtaine d'années plus tard, dans un monde redevenu inoffensif. Cette ville de décembre 1941, son couvre-feu, ses soldats, sa police, tout lui était hostile et voulait sa perte. A seize ans, elle avait le monde entier contre elle, sans qu'elle sache pourquoi.
2
Ignorarei para todo o sempre de que modo ela passava os dias, onde se escondia, qual era a sua companhia durante os meses de Inverno aquando da sua primeira fuga e no decurso das pouca semana de primavera em que escapulira de novo. Eis o seu segredo. Um pobre e precioso segredo que os carrascos, os decretos, as autoridades ditas de Ocupação, o depósito de presos, as casernas, os campos, a história, o tempo –tudo o que nos macula e destrói – não puderam roubar-lhe.
2
It takes time for what has been erased to resurface. Traces survive in registers, and nobody knows where these registers are hidden, and who has custody of them, and whether or not these custodians are willing to let you see them. Or perhaps they have quite simply forgotten that these registers exist. All it takes is a little patience.
comme si l’hiver de cette année-là séparait les gens les uns des autres, brouillait et effaçait leurs itinéraires, au point de jeter un doute sur leur existence. Et il n’y a aucun recours. Ceux-là même qui sont chargés de vous chercher et de vous retrouver établissent des fiches pour mieux vous faire disparaître ensuite – définitivement.
Ils avaient été emmenés vers l’inconnu, après avoir vu ce film, un samedi soir qui avait été une trêve pour eux. On oubliait, le temps d’une séance, la guerre et les menaces du dehors. Dans l’obscurité d’une salle de cinéma, on était serrés les uns contre les autres, à suivre le flot des images de l’écran, et plus rien ne pouvait arriver. Et tous ces regards, par une sorte de processus chimique, avaient modifié la substance même de la pellicule, la lumière, la voix des comédiens.
C’était l’ivresse de trancher, d’un seul coup, tous les liens : rupture brutale et volontaire avec la discipline qu’on vous impose, le pensionnat, vos maîtres, vos camarades de classe. Désormais, vous n’aurez plus rien à faire avec ces gens-là ; rupture avec vos parents qui n’ont pas su vous aimer et dont vous vous dites qu’il n’y a aucun recours à espérer d’eux ; sentiment de révolte et de solitude porté à son incandescence et qui vous coupe le souffle et vous met en état d’apesanteur. Sans doute l’une des rares occasions de ma vie où j’ai été vraiment moi-même et où j’ai marché à mon pas. Cette extase ne peut durer longtemps. Elle n’a aucun avenir. Vous êtes très vite brisé net dans votre élan. La fugue – paraît-il – est un appel au secours et quelquefois une forme de suicide. Vous éprouvez quand même un bref sentiment d’éternité. Vous n’avez pas seulement tranché les liens avec le monde, mais aussi avec le temps. Et il arrive qu’à la fin d’une matinée, le ciel soit d’un bleu léger et que rien ne pèse plus sur vous. Les aiguilles de l’horloge du jardin des Tuileries sont immobiles pour toujours. Une fourmi n’en finit pas de traverser la tache de soleil.
Je me rends compte aujourd’hui qu’il m’a fallu écrire deux cents pages pour capter, inconsciemment, un vague reflet de la réalité.
La nuit tombe tôt et cela vaut mieux : elle efface la grisaille et la monotonie de ces jours de pluie où l’on se demande s’il fait vraiment jour et si l’on ne traverse pas un état intermédiaire, une sorte d’éclipsé morne, qui se prolonge jusqu’à la fin de l’après-midi.
On se dit qu’au moins les lieux gardent une légère empreinte des personnes qui les ont habités. Empreinte : marque en creux ou en relief. Pour Ernest et Cécile Bruder, pour Dora, je dirai : en creux. J’ai ressenti une impression d’absence et de vide, chaque fois que je me suis trouvé dans un endroit où ils avaient vécu.
On avait tout anéanti pour construire une sorte de village suisse dont on ne pouvait plus mettre en doute la neutralité.

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About the book

Patrick Modiano opens Dora Bruder by telling how in 1988 he stumbled across an ad in the personal columns of the New Year's Eve 1941 edition of Paris Soir. Placed by the parents of a 15-year-old Jewish girl, Dora Bruder, who had run away from her Catholic boarding school, the ad sets Modiano off on a quest to find out everything he can about Dora and why, at the height of German reprisals, she ran away on a bitterly cold day from the people hiding her. He finds only one other official mention of her name on a list of Jews deported from Paris to Auschwitz in September 1942. With no knowledge of Dora Bruder aside from these two records, Modiano continues to dig for fragments from Dora's past. What little he discovers in official records and through remaining family members, becomes a meditation on the immense losses of the period—lost people, lost stories, and lost history. Modiano deliver

Book details

First published
1997
Genre
Fiction
Goodreads rating
3.56 (9k ratings)

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